Alejandro, guide dans la reserve de sian ka’an

C’est depuis la jungle du Chiapas que nous sommes arrivés à Tulum dans l’État du Quintana Roo. Si nous avons un conseil à donner aux voyageurs empruntant ce même itinéraire c’est de bien se mouiller la nuque avant de franchir la frontière entre ces deux états. Il est vrai que le Chiapas et le Quintana Roo sont chacuns aux antipodes de ce que le Mexique peut offrir. De la jungle, des populations indigènes et une nature verdoyante pour le Chiapas contre les plages paradisiaques, les grandes avenues et le tourisme de masse pour le Quintana Roo. Cependant nous allions rapidement découvrir que ce dernier état ne se limite pas à ce tourisme récréatif de masse.


A quelques kilomètres de Tulum se trouve Sian Ka’an. Une réserve naturelle de la biosphère où on se balade en bateau entre forêt tropicale, mangroves et marais avant de se jeter dans la mer des Caraïbes. Sian Ka’an, qui appartient au patrimoine mondial de l’Unesco, tire son nom de la langue originelle des mayas et signifie « l’origine du ciel ». Cette réserve abrite une flore d’une richesse inouïe. Plusieurs centaines d’espèces d’oiseaux côtoient crocodiles, dauphins, tortues et même lamantins !

Il était donc impossible pour nous de faire l’impasse sur la visite de cette réserve. Pour réaliser cette visite nous avons fait appel à un tour opérateur qui organisait toute la journée d’excursion depuis le petit matin. En montant dans le bus à l’aube on a été surpris de découvrir que notre guide parlait… Français ! C’est ainsi que nous avons rencontré Alejandro.

Dès le début du trajet on a tout de suite senti que c’était un vrai passionné de la nature. Au-delà de la passion qui l’animait on a aussi senti chez lui une vraie volonté de préserver cet endroit si particulier. Tout son discours s’articulait autour d’une ligne directrice: Nous sommes ici en tant que visiteurs et il est hors de question de déranger la faune ou la flore. Il nous a prévenu qu’il était par exemple hors de question de « pourchasser » une tortue pour une photo de peur que l’animal s’essouffle et soit alors en danger avec ses prédateurs et les forts courants. De même lors du snorkling, obligation de rester à l’horizontal et de porter un gilet de sauvetage pour flotter et ne pas risquer d’endommager les coraux. Tout ce discours nous a donné envie d’en apprendre plus sur lui et son parcours et surtout de discuter avec lui du rapport des mexicains à la nature.

Comment en es tu arrivé à devenir guide ici ?

Oulah mon parcours est plutôt long et compliqué. Je suis né d’un père espagnol et d’une mère libanaise. Après mes études je suis parti à Paris étudier le français. J’ai rencontré ma femme en Italie où je suis resté deux ans puis en revenant mon père m’a poussé à travailler dans le management des entreprises. Je l’ai fait, j’ai même travaillé pour Coca-Cola… Après j’ai travaillé dans un restaurant j’étais le gérant mais l’organisation était terrible et je ne voulais pas continuer. Et un jour il est sorti une pub facebook pour une entreprise qui avait besoin d’une personne qui parlait français, anglais, italien ou espagnol et qui adorait la nature et à ce moment je me suis dit « Bah c’est moi! ». J’y suis allé j’ai fait un entretien et finalement j’ai commencé à travailler comme guide.
Pour y parvenir j’ai dû passer différentes certifications. Il y en a pour devenir guide nature ou guide archéologique. Vu que j’étais motivé J’ai décidé de passer les deux et j’ai ajouté une formation de guide nautique. J’ai fait ça car dans certaines excursions comme aujourd’hui il faut qu’il y ait un guide nautique dans le bateau. Et des fois c’est dommage car il n y a pas de place pour un guide nautique et un guide nature, c’est donc le guide nature qui ne vient pas et c’est dommage pour les visiteurs.

Ça fait combien de temps que tu travailles ici ? Tu t’épanouis dans ton travail ?

Ça va faire six ans que je travaille ici et oui je suis vraiment heureux. Avant je ne l’étais pas. Et aujourd’hui chaque matin quand je me lève je suis heureux de venir travailler. Chaque jour est différent, la nature, les visiteurs, aucun jour n’est pareil que les autres. Regardes aujourd’hui on a eu la chance de voir un lamentin, demain on verra peut être encore plus de dauphins, c’est génial de travailler dans la nature c’est imprévisible !
En plus j’aime beaucoup mon rythme de travail, car il dépend des fortes périodes touristiques. J’ai donc des périodes très chargées et d’autres plus calmes, même si avec le covid on est content de beaucoup travailler maintenant (il rigole).

Concernant la nature, on a l’impression que les mexicains n’y accordent pas trop d’importance, qu’en pense un passionné de la nature comme toi?

C’est vrai on  n’a pas une grande éducation pour la conservation de la nature. On a commencé à prendre une culture d’acheter, acheter, acheter, encore et toujours plus. On a beaucoup perdu la conscience de la nature, de ce qu’elle représente et de ce qu’elle peut nous offrir. Aujourd’hui on rêve de voiture, de smartphones, de grandes maisons mais pas de voir des lamantins ou des espèces en voie d’extinction. Je trouve cela vraiment dommage.
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ALEJANDRO 2

Quand tu vois ce qu’est devenu une ville comme Tulum qu’en penses-tu ? N’as-tu pas peur que ce développement frénétique détruise à termes des endroits comme Sian Ka’an ?

Oui ça va arriver si on ne prend pas conscience de la situation, ça va arriver. Il faut des projets qui viennent de là haut (en référence aux gouvernements) et des projets en bas, sur le terrain comme nous ici. Avec la consommation, les technologies, les gens sont très habitués à tout avoir et à vivre dans des grandes villes. Ils doivent ouvrir leurs yeux et faire quelque chose pour protéger tout ce qu’on a ici. Mais avec le développement de la société mexicaine, le Mexique va grandir, les villes vont grandir et bien sûr qu’il va dévaster des endroits comme celui-ci si on ne fait rien.

Et penses-tu que cette situation est irrémédiable ?

Je crois qu’on peut y remédier par les enfants à travers l’éducation. Dans ma famille par exemple, mes enfants adorent la nature, ils la connaissent et aiment la découvrir grâce à l’éducation qu’ils ont eue avec moi. Je crois que ça commence à arriver mais ça va prendre beaucoup de temps car on part de très loin.

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